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L'auteur

Marc GOZLAN

Je suis médecin de formation, journaliste par vocation. J’ai débuté ma carrière de journaliste médico-scientifique en agence de presse…  Lire la suite.

Quand la lumière du jour améliore le contrôle glycémique dans le diabète de type 2

Chez les personnes avec DT2, la lumière naturelle au bureau apparaît capable d’améliorer le contrôle glycémique et certains paramètres du métabolisme. Harmsen JF, et al. Cell Metab. 2025 Dec 18:S1550-4131(25)00490-5.

Chez les personnes avec DT2, la lumière naturelle au bureau apparaît capable d’améliorer le contrôle glycémique et certains paramètres du métabolisme. Harmsen JF, et al. Cell Metab. 2025 Dec 18:S1550-4131(25)00490-5.

SOMMAIRE

Et si la lumière du jour pouvait, chez les personnes vivant avec un diabète de type 2 (DT2), améliorer le contrôle glycémique au bureau ? Une étude récente montre qu’un simple changement d’éclairage dans un environnement de travail peut augmenter le temps passé dans la zone glycémique cible et orienter le métabolisme vers une utilisation accrue des graisses. Elle suggère ainsi que la lumière naturelle, par rapport à l’éclairage artificiel, pourrait contribuer, modestement mais de façon mesurable, à un profil glycémique et métabolique amélioré.

Nous passons aujourd’hui 80 à 90 % de notre temps en intérieur, le plus souvent sous un éclairage artificiel constant. Or, la lumière naturelle constitue le principal synchroniseur de notre horloge biologique. Le système circadien humain repose sur un pacemaker central, le noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus, principalement réglé par la lumière du jour. Ce noyau central coordonne ensuite les horloges périphériques des organes métaboliques, comme le muscle squelettique ou le foie, via des mécanismes complexes impliquant les gènes horlogers BMAL1, CLOCK, PER et CRY.

Chez les personnes vivant avec un diabète de type 2, on observe fréquemment une altération de ces rythmes biologiques, avec notamment une réduction de l’amplitude d’expression des gènes horlogers, en particulier dans les îlots pancréatiques. Cette désynchronisation circadienne est associée à une diminution de la capacité sécrétoire de l’insuline et à une insulinorésistance accrue.

Des travaux antérieurs ont ainsi montré qu’une exposition à une lumière artificielle vive en matinée augmentait la glycémie postprandiale chez des patients diabétiques de type 2, comparativement à une lumière faible. À l’inverse, d’autres études ont rapporté que, chez des sujets âgés insulinorésistants, une lumière vive pendant les heures de bureau pouvait induire des effets aigus globalement favorables sur le contrôle glycémique et la régulation thermique.

Toutes ces études ont cependant examiné uniquement l’impact d’un éclairage électrique artificiel qui, contrairement à la lumière naturelle du jour, reste très limité en termes d’intensité lumineuse et présente généralement un spectre de longueurs d’onde constant. Une équipe de chercheurs néerlandais, allemands et suisses a, pour la première fois, directement comparé la lumière naturelle dynamique, via de grandes fenêtres, à un éclairage de bureau standard.

Parue en décembre 2025 dans la revue Cell Metabolism, leur étude a évalué, dans des conditions contrôlées, l’effet d’une exposition intérieure à la lumière naturelle du jour à un environnement lumineux artificiel sur l’équilibre glycémique et la façon dont l’organisme utilise les sucres et les graisses (métabolisme des substrats sur 24 heures).

Treize patients diabétiques de type 2 (huit femmes, cinq hommes, âgés en moyenne de 70 ans, avec un IMC autour de 30 kg/m² et une HbA1c moyenne de 6,8 %) ont participé à un essai randomisé cross-over. Chaque participant a passé deux périodes de 4 jours et demi (103 heures) dans le centre, sous l’un ou l’autre type de lumière, de 8 h à 17 h, pendant 4 jours, puis le dernier matin. Ces deux périodes ont eu lieu à au moins quatre semaines d’intervalle.

Dans une situation, le bureau était placé face à une grande fenêtre laissant entrer la lumière du jour. Dans l’autre, les participants travaillaient dans la même pièce, mais séparée par une cloison, éclairée par des lampes fluorescentes et LED fournissant un éclairage artificiel d’environ 300 lux, alors qu’ils faisaient face à un mur.

Quand les participants devaient quitter le bureau exposé à l’une ou l’autre situation lumineuse, ou risquaient d’être exposés à la lumière extérieure, ils portaient des lunettes orangées filtrant la lumière bleue. Ainsi, les yeux des participants exposés à la lumière artificielle n’ont jamais été exposés aux courtes longueurs d’onde de la lumière du jour à laquelle l’horloge biologique humaine est particulièrement sensible. Le soir, dans les deux conditions lumineuses, l’exposition à la lumière en soirée était standardisée :  uniquement des sources fluorescentes de moins de 400 lux entre 17 h et 18 h, de moins de 5 lux entre 18 h et 23 h.

Tout le reste était également contrôlé : repas identiques et pris à heures fixes, activité physique programmée, mêmes horaires de sommeil. Chaque participant a continué à prendre chaque jour son traitement médicamenteux habituel, à la même dose et aux mêmes heures. Ce protocole très encadré a permis d’isoler au mieux l’effet propre de la lumière.

Jan-Frieder Harmsen (Centre médical universitaire de Maastricht), Patrick Schrauwen (Institut de diabétologie clinique, Düsseldorf), Charna Dibner (Hôpitaux universitaires de Genève) et leurs collègues ont enregistré, dans les deux conditions lumineuses, la glycémie en continu, évalué le métabolisme des substrats (oxydation des glucides et des lipides), dosé de nombreux métabolites sanguins suite à l’ingestion, le 5e jour, d’un repas test (composé de lipides, protéines et glucides), analysé l’expression de gènes dans des cellules sanguines (monocytes) et étudié l’horloge circadienne dans des ensembles de cellules musculaires (myotubes) dérivées de biopsies de muscle squelettique.

Davantage de temps de la plage glycémique cible

Le critère principal de l’étude reposait sur la mesure continue du glucose. Les chercheurs ont observé que la glycémie moyenne sur 4,5 jours ne différait pas significativement entre lumière naturelle et lumière artificielle (7,4 mmol/L vs 7,8 mmol/L).

En revanche, le temps passé dans la cible glycémique (4,4–7,2 mmol/L) durant les 4 jours et demi a été significativement plus élevé sous lumière naturelle : environ 51 % du temps sous lumière naturelle contre 43 % sous lumière artificielle. Ce paramètre, appelé temps dans la cible (time in range ou TIR), est aujourd’hui reconnu comme un indicateur majeur du contrôle glycémique. Ce résultat suggère un meilleur contrôle de la glycémie chez les individus avec un DT2 exposés sur le long terme à la lumière naturelle.

Lorsque les auteurs utilisent la définition plus large du TIR proposée par l’American Diabetes Association (3,9–10 mmol/L), ils observent également une tendance plus favorable pour la lumière naturelle (83 % du temps dans la cible vs 78 %), ce qui va dans le sens d’un effet réel, mais modeste, sur le contrôle glycémique.

La lumière naturelle réduit l’amplitude des fluctuations de la glycémie

Chez ces personnes atteintes de DT2, l’amplitude des fluctuations glycémiques sur 24 heures était moins marquée sous lumière naturelle que sous lumière artificielle, ce qui était corrélé à plus plus temps passé dans la cible glycémique normale. Ce résultat suggère que l’exposition à la lumière naturelle pourrait avoir un effet bénéfique sur la façon dont l’organisme gère le glucose au cours des 24 heures.

Sous lumière naturelle, l’organisme privilégie les graisses plutôt que les sucres comme carburant

Les chercheurs ont également analysé le métabolisme énergétique global. Ils ont observé que, sous lumière naturelle, l’organisme a tendance à utiliser davantage les graisses comme source d’énergie, au détriment des glucides, en particulier autour de la mi-journée, sans augmentation de la dépense énergétique totale.

Cette orientation vers une augmentation de l’oxydation des graisses a également été observée après le repas test du 5e jour ingéré sous lumière naturelle. Les niveaux d’acides gras libres plasmatiques étaient plus élevés lors du repas test sous lumière naturelle de bureau, comparés à l’éclairage artificiel. Cela s’explique par le fait que, lorsque le corps brûle plus de graisses, il puise davantage dans ses réserves lipidiques, ce qui libère des acides gras libres dans le sang. Ces données confirment que sous lumière naturelle, l’organisme privilégie effectivement les graisses plutôt que les sucres comme source d’énergie.

Concernant la mélatonine, l’heure de début de sécrétion demeure identique dans les deux situations lumineuses, mais ses taux sont supérieurs en fin de soirée (entre 21h et 23 h) sous lumière naturelle diurne, en comparaison à une exposition à la lumière artificielle.

Effet de la lumière naturelle sur l’horloge circadienne dans le muscle squelettique

Un aspect particulièrement novateur de cette étude est l’analyse de l’horloge circadienne musculaire. Dans le muscle squelettique, les biopsies montrent des taux plus élevés d’ARN messager de certains gènes horlogers, notamment Per1 et Cry1 sous lumière naturelle, ce qui suggère que l’horloge circadienne du muscle répond à l’environnement lumineux.

Pour vérifier si ces changements observés à un instant donné se traduisent par un véritable décalage de rythme, les chercheurs ont cultivé en laboratoire des cellules musculaires (myotubes) à partir de ces biopsies.

En suivant au fil du temps les oscillations d’un gène horloger clé, BMAL1, ils ont observé que les cellules musculaires issues des biopsies prélevées après l’exposition à la lumière naturelle gardaient un rythme avancé d’environ 45 minutes par rapport à celles issues de la lumière artificielle. Le fait que la lumière naturelle modifie à la fois l’expression des gènes horlogers dans le muscle in vivo et que ce décalage se retrouve ensuite dans les cellules cultivées in vitro suggère que la lumière induit des modifications durables sur les horloges périphériques. Les analyses indiquent que les gènes Cry1 et Per3 semblent particulièrement impliqués dans cet effet.

L’élucidation des mécanismes moléculaires qui contrôlent ces modifications de l’horloge musculaire sous lumière naturelle chez des personnes atteintes de DT2 constitue une piste prometteuse pour de futurs travaux.

Analyses multi-omiques dans des échantillons sanguins

Les chercheurs ont également conduit des analyses dites « omiques », visant à caractériser dans le sang tout un ensemble de molécules et de biomarqueurs : métabolites, lipides, ARN. Les résultats issus de la métabolomique, de la lipidomique et de la transcriptomique ont ensuite été intégrés grâce à des méthodes de type machine learning, ce qui a révélé des différences subtiles mais cohérentes entre les deux situations lumineuses.

Sous lumière naturelle, on observe une hausse de certains métabolites comme l’acide cholique, le glutamate ou la thréonine, des composés déjà décrits comme sensibles à la lumière et dont les niveaux sont souvent abaissés chez les personnes diabétiques de type 2.

Plusieurs familles de lipides sanguins réagissent aussi à la lumière. Les esters de cholestérol et surtout les céramides, des graisses associées à l’insulinorésistance et connues pour être élevées dans le diabète de type 2, sont globalement plus bas sous lumière naturelle. Parallèlement, d’autres lipides comme certaines lysophosphatidyléthanolamines (LPE), habituellement liées à une meilleure sensibilité à l’insuline et diminuées en cas d’obésité, étaient plus élevées.

Les analyses des ARN exprimés dans les monocytes allaient dans le même sens, en mettant en avant des voies de régulation négative des céramides, ce qui concorde avec les données de lipidomique.

Globalement, ces résultats dessinent une signature multi-omique spécifique liée à la lumière naturelle, caractérisée par des changements de métabolites, de lipides et d’ARN, pouvant contribuer aux effets observés sur un meilleur contrôle glycémique. Dans ce protocole très contrôlé, une simple modification de l’environnement lumineux de bureau suffit donc à moduler une signature biologique cohérente avec un profil métabolique un peu plus favorable.

Cette étude met en évidence des bénéfices métaboliques associés à l’exposition à la lumière naturelle du jour. Elle ne montre évidemment pas que la lumière naturelle traite le diabète. En revanche, elle montre que le temps dans la cible glycémique peut être influencé par l’environnement lumineux, et que la lumière naturelle pourrait agir comme un facteur adjuvant, non pharmacologique, améliorant modestement le contrôle glycémique.

Elle présente des limites, liées à la taille réduite de l’effectif, à la durée relativement courte de l’intervention, à l’âge relativement élevé des participants et au fait qu’elle a été réalisée uniquement entre le printemps et l’automne et dans des conditions très éloignées de la vie quotidienne.

Ces résultats doivent donc être confirmés par des essais cliniques plus longs et plus larges, plus proches de la vraie vie d’un employé de bureau vivant avec un DT2.

Ainsi, de futures études pourraient utilement explorer si une exposition plus prolongée à la lumière naturelle entraîne des effets plus marqués, ou si des stratégies alternatives – comme s’exposer à la lumière du jour pendant les trajets domicile‑travail, par exemple avant et/ou après les heures de bureau, comme c’est généralement le cas dans la vraie vie – suffiraient à compenser les effets négatifs de l’éclairage artificiel mis en évidence dans cette étude.

On sait depuis longtemps que l’alimentation, l’activité physique et les traitements médicamenteux jouent un rôle central dans la prise en charge du diabète de type 2. Il se pourrait qu’un autre facteur, beaucoup plus discret et rarement pris en compte, participe lui aussi à l’équilibre glycémique : l’environnement lumineux quotidien. Cette étude rappelle que, pour le diabète de type 2, la prise en charge se joue vraiment « dans tous ses états », jusque dans la façon dont nos bureaux laissent entrer, ou non, la lumière du jour.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur XFacebookLinkedInMastodonBluesky)

 

Pour en savoir plus...

Harmsen JF, Habets I, Biancolin AD, et al. Natural daylight during office hours improves glucose control and whole-body substrate metabolism. Cell Metab. 2025 Dec 18:S1550-4131(25)00490-5. doi: 10.1016/j.cmet.2025.11.006

Petrenko V, Sinturel F, Loizides-Mangold U, et al. Type 2 diabetes disrupts circadian orchestration of lipid metabolism and membrane fluidity in human pancreatic islets. PLoS Biol. 2022 Aug 3;20(8):e3001725. doi: 10.1371/journal.pbio.3001725

Harmsen JF, Wefers J, Doligkeit D, et al. The influence of bright and dim light on substrate metabolism, energy expenditure and thermoregulation in insulin-resistant individuals depends on time of day. Diabetologia. 2022 Apr;65(4):721-732. doi: 10.1007/s00125-021-05643-9

van Moorsel D, Hansen J, Havekes B, et al. Demonstration of a day-night rhythm in human skeletal muscle oxidative capacity. Mol Metab. 2016 Jul 1;5(8):635-645. doi: 10.1016/j.molmet.2016.06.012

Versteeg RI, Stenvers DJ, Visintainer D, et al. Acute Effects of Morning Light on Plasma Glucose and Triglycerides in Healthy Men and Men with Type 2 Diabetes. J Biol Rhythms. 2017 Apr;32(2):130-142. doi: 10.1177/0748730417693480

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